Par Marie-Christine Ferland, directrice générale du CRVI
Les résultats de la Grande Enquête sur l’innovation 2026 du Conseil de l’innovation du Québec nous obligent à réfléchir collectivement à l’avenir économique du Québec. Un constat ressort : la proportion d’entreprises québécoises ayant réalisé des projets d’innovation est passée de 69 % en 2024 à 55 % en 2026. Une réduction de 14% en seulement deux ans.
Cette tendance est préoccupante : l’innovation n’est pas une activité accessoire réservée aux grandes entreprises ou aux périodes d’abondance. Elle constitue l’un des principaux moteurs de croissance, de productivité et de compétitivité. L’étude démontre d’ailleurs que les entreprises qui innovent sont deux fois plus nombreuses à anticiper une croissance soutenue de leur chiffre d’affaires, enregistrent une croissance de productivité 1,2 fois supérieure, et obtiennent près de deux fois plus d’exportations que celles qui n’innovent pas.
Bien que les retours soient clairs, seulement 39 % des entreprises québécoises prévoient innover au cours des trois prochaines années comparativement à 41 % en Ontario, 44 % en Alberta et 46 % en Colombie-Britannique. Près du tiers des entreprises identifient la disponibilité de la main-d’œuvre comme un frein majeur à l’innovation. Que ce soit dans le manufacturier, l’agroalimentaire, la logistique ou les services, les défis de recrutement persistent. Pour répondre à ce défi, la vision, la robotique et l’intelligence artificielle permettent aux entreprises de faire plus avec les ressources disponibles. L’objectif n’est pas de remplacer les travailleurs, mais de leur permettre de se concentrer sur des tâches à plus forte valeur ajoutée tout en augmentant la capacité de production. L’automatisation est aujourd’hui l’une des réponses les plus concrètes au manque de main-d’œuvre.
L’enquête révèle également un retard en matière d’innovation de procédés. Seulement 18 % des entreprises québécoises ont réalisé des innovations liées à la production, comparativement à 25 % en Ontario et à 30 % en Colombie-Britannique. Les innovations de procédés sont souvent moins visibles que le lancement d’un nouveau produit, mais elles ont un impact direct sur la productivité, les coûts d’opération, la qualité et la capacité d’exportation. Moderniser une ligne de production, intégrer la robotique, utiliser la vision pour le contrôle qualité ou déployer l’intelligence artificielle dans les opérations sont autant de leviers qui permettent aux entreprises de gagner en efficacité et de demeurer compétitives.
C’est exactement là que le CRVI accompagne les organisations québécoises. Notre mission consiste à transformer les défis des entreprises en occasions de croissance. Nous les soutenons dans le développement de nouveaux produits, l’amélioration de leurs procédés, l’intégration de solutions d’automatisation, de robotique et d’intelligence artificielle ainsi que dans la validation technologique de leurs innovations.
Enfin, un dernier constat ressort de l’étude : les entreprises qui collaborent avec des partenaires externes innovent davantage et obtiennent de meilleurs résultats. Plus de la moitié des entreprises innovantes réalisent leurs projets en collaboration avec des partenaires de l’écosystème. Une observation qui confirme l’importance des centres collégiaux de transfert de technologie et des centres de recherche appliquée comme le CRVI. Nous permettons aux entreprises, et particulièrement aux PME, d’accéder à une expertise spécialisée, à des infrastructures de pointe et à des équipes multidisciplinaires capables d’accélérer la transformation de leurs idées en projets concrets.
Le Québec possède tous les ingrédients pour réussir : des entrepreneurs ambitieux, des centres de recherche performants, des universités reconnues, une expertise de classe mondiale en intelligence artificielle et une culture de collaboration enviée ailleurs. Le Québec n’a pas besoin de repartir de zéro. Il possède déjà les atouts nécessaires. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’une ambition renouvelée pour investir davantage dans l’innovation, adopter plus rapidement les nouvelles technologies et accélérer la modernisation de nos procédés.